Résumé : Le bilan carbone 2024 des ministères économiques et financiers s’élève à 448 400 tonnes équivalent CO₂, soit 16 % de moins qu’en 2019. Les achats représentent 42 % des émissions, les mobilités 33 % et l’énergie des bâtiments 15 %. Bercy vise notamment -20 % d’émissions hors achats entre 2019 et 2027 et une baisse annuelle de 5 % pour les émissions liées aux achats.

448 400 tonnes équivalent CO₂ en 2024

Les ministères économiques et financiers ont publié leur nouveau bilan des émissions de gaz à effet de serre. Leur fonctionnement représente 448 400 tonnes équivalent CO₂ en 2024, soit une baisse de 16 % par rapport à 2019. Le périmètre couvre environ 129 000 agents et 3,4 millions de mètres carrés de bâtiments.

Les achats sont le premier poste d’émissions

Avec 187 527 tCO₂e, les achats de biens et services représentent 42 % du bilan. C’est le principal enseignement du rapport : une administration peut réduire l’énergie de ses bâtiments tout en conservant une empreinte élevée si les équipements, prestations et fournitures qu’elle achète génèrent beaucoup d’émissions en amont.

PosteÉmissions ou part
Achats de biens et services187 527 tCO₂e — 42 %
Domicile-travail103 384 tCO₂e — 23 %
Déplacements professionnels44 480 tCO₂e — 10 %
Énergie des bâtiments68 271 tCO₂e — 15 %
Immobilisations32 174 tCO₂e — environ 7 %
Empreinte totale448 400 tCO₂e

Pourquoi la commande publique devient un levier climatique

Bercy veut intégrer davantage de critères environnementaux dans les marchés publics, développer le réemploi et augmenter les achats de matériel reconditionné. L’objectif annoncé pour 2027 est que 25 % des achats de matériels informatiques et téléphoniques soient reconditionnés. L’enjeu est de réduire les émissions incorporées dans les équipements sans dégrader la qualité du service.

Les mobilités représentent un tiers de l’empreinte

Les trajets domicile-travail pèsent 23 % du bilan et les déplacements professionnels 10 %. Pour les trajets quotidiens, l’administration agit surtout par les abonnements de transport collectif et le forfait mobilités durables. En 2025, 16 % des agents ont bénéficié de ce forfait.

Le carburant des déplacements professionnels recule

Entre 2022 et 2025, la consommation de carburant liée au parc automobile a diminué de 15,8 % en volume. Ce résultat montre l’intérêt de combiner réduction des déplacements, changement de modes de transport et renouvellement du parc, plutôt que de s’appuyer sur une seule technologie.

Les bâtiments consomment 21 % d’énergie en moins qu’en 2019

L’énergie consommée par les bâtiments représente 68 271 tCO₂e, soit 15 % du bilan. Entre 2019 et 2024, la consommation énergétique a baissé de 21 %. Pour 2027, l’objectif est une baisse de 25 % par rapport à 2022 grâce à la rénovation, au pilotage du chauffage et de l’éclairage et au développement des énergies renouvelables.

Le cas de Metz montre ce que signifie une rénovation profonde

La rénovation des nouveaux locaux de la brigade douanière à Metz doit permettre un gain énergétique proche de 38 % et une réduction estimée de 80 % des émissions de gaz à effet de serre. Ce type de projet permet de mesurer l’effet d’une rénovation complète, plutôt que de se limiter à des gestes de sobriété temporaires.

Les objectifs 2027

Les ministères visent une réduction collective de 20 % des émissions entre 2019 et 2027 hors achats. Pour les émissions liées aux achats, ils s’inscrivent dans la trajectoire de la Stratégie nationale bas-carbone avec un objectif de baisse de 5 % par an, notamment grâce aux clauses environnementales dans les marchés.

Ce que les autres administrations peuvent apprendre de ce bilan

  • Mesurer les émissions indirectes des achats, pas seulement l’électricité et le chauffage
  • Donner la priorité aux postes les plus lourds plutôt qu’aux actions les plus visibles
  • Suivre séparément domicile-travail et déplacements professionnels
  • Fixer des objectifs quantifiés sur le matériel reconditionné
  • Mesurer la consommation réelle après rénovation
  • Inclure la durée de vie des équipements dans les politiques d’achat
  • Publier régulièrement les progrès pour vérifier les trajectoires

Pourquoi la baisse de 16 % doit être lue avec prudence

Une baisse globale est positive, mais elle ne dit pas à elle seule si toutes les transformations sont structurelles. Les variations de télétravail, d’activité, de prix ou de périmètre peuvent influencer les résultats. Le suivi annuel des volumes physiques — kilomètres, énergie, équipements achetés et surfaces exploitées — est indispensable pour confirmer la tendance.

Conclusion

Le bilan Bercy Vert montre que la décarbonation d’une grande administration passe d’abord par ses chaînes d’achat, puis par les mobilités et l’immobilier. Le défi pour 2027 sera de transformer les objectifs en résultats mesurables, en particulier sur les achats où se concentre 42 % de l’empreinte.